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Septembre 99
Prévention du sida, préparation de repas traditionnels, cours de couture ou consultation médicale par des griots, les activités de l'association parisienne Uraca tentent de combler les besoins sans limites d'une communauté africaine en plein désarroi. Le but : aider les plus démunis d'entre eux à retrouver une solidarité perdue par l'exil et les difficultés d'intégration.
Uraca : le soutien aux africains les plus démunis
De l'accueil médico-social, à l'accompagnement juridique, en passant par les consultations d'ethnopsychiatrie et le soutien scolaire, Uraca n'en est pas à son coup d'essai dans sa tentative d'aide à l'insertion les immigrés africains. Parmi ses dernières actions : la création de " l'Assemblée des femmes ", destinée à recréer une cohésion entre femmes africaines, isolées par la langue et/ou par leur situation sociale. Chaque samedi, dans les locaux mis à disposition par l'association, maliennes, béninoises et autres femmes d'Afrique, entourées de leurs enfants, se retrouvent autour de la préparation d'un repas commun aux frais de l'association. Façon de reconstituer un groupe relationnel solidaire et chaleureux, qu'elles connaissaient en Afrique. Victime de son succès et faute de place suffisante, " l'Assemblée des femmes " se voit régulièrement contrainte de refuser du monde. "Des maghrébines viennent nous voir pour participer elles aussi, en nous expliquant qu'elles n'ont pas d'association comme celle là pour les réunir et qu'après tout, elles aussi sont africaines ", explique René Guiart, permanent à Uraca, et sincèerment désolé de ne pouvoir les accueillir.
Machines à coudre, à laver et douches à disposition, lieux de vie et de rencontre, initiation à l'informatique, ateliers de poésie, conférences et " arbre à palabre ", les activités d'Uraca sont aussi variées qu'indispensables à une communauté africaine, isolée et ignorante de ses droits.
Sida : la prévention par l'action
Très sensibilisée au problème du sida, qui touche en quantité la communauté africaine, Uraca s'est aussi engagée dans une opération de prévention à destination des jeunes et un soutien actifs aux malades africains frappés par le virus. " Le constat est là ", estime en effet Azzedine Djedri, permanent de l'association, " les adolescents ne savent pas grand chose sur le sida ". Les informations sur la maladie circulent mal tandis que la communauté africaine entretient un rapport plutôt difficile avec cette infection. Devant ce qu'ils considèrent comme la " maladie de la honte ", les africains atteints cachent souvent leur état à leur entourage, quand ce n'est pas à eux-mêmes Une attitude qui ne facilite pas les soins. Entre le repli et l'isolement dans lesqueles s'enferment les patients, l'incompréhension devant la médication et la méfiance culturelle, la communication s'avère parfois difficile entre malades et soignants.
C'est là qu'intervient Uraca. Sollicités par le corps hospitalier, les membres de l'association se rendent auprès des malades, jouant les médiateurs et aidant à faire accepter les traitements. "Des médecins traditionnels du Niger et du Bénin viennent en France chaque année pendant un à deux mois pour suivre ces patients et travailler en collaboration avec les médecins français ", explique Azzedine Djedri.
Mais Uraca espère aussi sensibiliser la jeune génération. Plusieurs fois par an, en collaboration avec le personnel hospitalier, l'association organise une rencontre entre jeunes et malades. En échange d'un plat traditionnel que ils ont préparé pour le partager avec les hospitalisés, les ados sont conviés à visiter le service des maladies infectieuses, le centre de dépistage et à participer à un débat avec malades et médecins. La prise de conscience semble se révéler efficace, puisque plusieurs adolescents ont décidé après cette opération de relancer le débat sur la prévention du sida dans leurs établissements scolaires.
Impliquée depuis 1985 dans le soutien des africains malades du sida, Uraca se débat entre des sollicitations à la hausse et des financements extérieurs permettant tout juste de joindre les deux bouts. La demande de participation de 50 francs pour l'année est loin de décourager les adhésions. Forte de ses six membres permanents et de ses nombreux bénévoles, l'association reste efficace, malgré le manque de place ou de moyens. Le désarroi de la communauté africaine, dont on peut supposer qu'il ne décroîtra pas, devrait quant à lui, hélas, continuer de lui assurer du travail.
Marion Deye
Pour contacter l'association :
URACA (Unité de réflexion et d'action des communautés africaines)