22 Septembre 99

Aux vues des émois de la " communauté internationale ", on peut supposer qu'un Kosovar vaut autant qu'un Timorais, mais que plusieurs Angolais ne pèsent pas autant qu'un seul des deux précédents. Voilà la curieuse équation diplomatique qui semble en vigueur aujourd'hui.

Quelques liens :

Sur le site du Monde Diplomatique :

L'excellent article de Mwayila Tshiyembe, sur l'Afrique, le droit d'ingérence et les interventions de la communauté internationale.

Le dossier Timor-Oriental, (avec une longue liste de sites sur la situation actuelle, les forces en présence...).

Les articles sur l'Angola, en attendant mon dossier perso.

Le site RwandaNet sur l'actualité du pays (beaucoup d'informations pratiques et d'info sur le génocide).

L'interview de Louise Harbour, procureur sortant du TPI dans le Monde du 14 septembre 99.

 

10 Angolais ne valent pas un Kosovar

Comme l'a montré la guerre au Kosovo : on paraît en mesure désormais d'arrêter les conflits et de sanctionner des régimes qui ne respectent pas les droits de l'homme et les règles de la démocratie. En quelques mois cette année, la "communauté internationale" a ainsi choisi d'investir de gros efforts militaires, diplomatiques et financiers dans cette mission hautement morale. Elle est parvenue aux objectifs qu'elle s'était fixée : obliger le président de la fédération yougoslave Milosevic à revoir sa politique au Kosovo. La répression sanglante des milices indonésiennes au Timor-Oriental (1) contre la population civile devrait elle aussi être stoppée grâce à la mobilisation de cette même communauté internationale. Après quelques tergiversations, l'ONU et les états occidentaux se sont décidés à faire pression sur le gouvernement indonésien pour le plier à accepter la venue d'une force d'interposition au Timor-Oriental. Ici encore l'intervention est officiellement motivée par le respect des droit de l'homme et le principe du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.

un principe universel valable pour une seule moitié du globe

Comment se fait-il alors que tant de pays africains en guerre depuis des années, en butte à des difficultés politiques décennales, ne parviennent à sensibiliser avec la même efficacité cette même "communauté internationale" ? Pourquoi l'idéal universel des droits de l'homme que l'on proclame si fort lorsque l'on s'en drape pour agir, ne s'applique-t-il qu'à la moitié de l'humanité ?
On intervient ici et pas là. On condamne untel et pas machin. On envoie des bombes meurtrières à Belgrade et des médicaments salvateurs à Pristina. On brandit d'un côté le droit d'ingérence et l'on soulève de l'autre la non-implication dans les affaires intérieures d'un état. On menace l'Indonésie de sanctions économiques si elle n'infléchit pas sa politique et on soutient d'autres états despotiques ou sanguinaires qui n'en finissent pas de faire subir à leurs populations d'interminables guerres civiles. On hurle au manque de liberté en Irak et l'on gourmande gentiment le régime chinois, en signant des contrats avec lui. On se gargarise de beaux discours humanitaires pour les pauvres Kosovars en exil et l'on ignore l'extrême misère de la population du sud-Soudan ou l'exode de milliers d'Angolais. On bombarde Bagdad pendant que l'on ferme les yeux sur les mouvements intégristes afghans. On frise l'apoplexie en imaginant, qu'à 1000 kilomètres de nos chères portes européennes, en des zones économiquement et politiquement si stratégiques, la guerre entre le gouvernement serbe et les autonomistes du Kosovo puisse s'éterniser et l'on se fiche éperdument de la guerre fratricide que se livrent sur le dos des Angolais un même gouvernement et une même opposition depuis 1978. Sur place pourtant, les morts, les mutilés et le nombre des personnes déplacées se chiffrent en centaines de milliers…

Quant au développement d'une justice planétaire, si les progrès sont notables et la constitution d'une Cour internationale désormais moins hypothétique, l'ensemble laisse perplexe. Les tribunaux pénaux internationaux pour la Yougoslavie et pour le Rwanda tentent certes de mettre à jour et de poursuivre les vrais responsables des crimes de guerre et des génocides perpétrés dans ces deux pays. Mais l'impunité parfois totale dont bénéficient d'autres orchestrateurs de massacres à grande échelle donnent à ces premières tentatives la désagréable impression d'être certes exemplaires mais bien solitaires.

lutter contre l'actualité ?

Quand seront jugés avec la même rigueur que le sont les chefs militaires serbes responsables des exactions en Bosnie, ceux chefs de la rébellion en Sierra Leone, coupables d'avoir découpé leur compatriotes en petits morceaux à grands coups de machettes ? Que faut-il faire ? Chez qui faut-il frapper ? Doit-on manifester devant le siège de l'ONU, écrire au président Clinton, faire pression sur le parlement européen ? Les journalistes ne devraient-ils davantage parler que de ce qu'on ignore d'habitude ? Ne devraient-ils pas évoquer les conflits en proportion à l'oubli dont ils sont victimes ? Et même si l'Otan est en train de bombarder Belgrade, ne serait-il pas possible d'évoquer avec la même force et la même débauche de moyens techniques la situation en République démocratique du Congo ou les combats entre l'Erythrée et l'Ethiopie ?

Si l'on prenait comme critère de la valeur humaine les interventions militaires et diplomatiques de la " communauté internationale " et les investissements médiatiques de la presse occidentale, on verrait que dix Angolais ne valent pas un Timorais-Oriental et encore moins un Kosovar. Les Angolais s'en moquent peut-être : aux dernières nouvelles, un entrefilet du Monde indiquait récemment que beaucoup avaient été contraints de déterrer leurs semences agricoles pour se nourrir…

Capitale : Dili
Population : 850 000 habitants
Ancienne colonie portugaise annexée par l'Indonésie quelques jours après le départ de colons portugais en décembre 1975.

Un référendum devant décider de l'indépendance ou du maintien sous l'autorité indonésienne du Timor Oriental a été organisé le 30 août dernier. A près de 80 % les Timorais Orientaux se prononcent contre l'autonomie interne proposé par Djakarta et pour l'indépendance. Mais des milices armées pro-indonésiennes s'en sont pris dès les résultats à la population avec une grande violence. Malgré les molles dénégations du gouvernement indonésien de Monsieur Habibie, ces milices ont bénéficié d'une large complicité du pouvoir et de l'armée régulière du pays. Des milliers de Timorais ont été contraints sous la menace à l'exode. Les disparus et les morts se comptent, selon les estimations de la presse française, par milliers.

Marion Deye

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