Comme l'a montré la
guerre au Kosovo : on paraît en mesure
désormais d'arrêter les conflits et de sanctionner
des régimes qui ne respectent pas les droits de
l'homme et les règles de la démocratie. En quelques
mois cette année, la "communauté
internationale" a ainsi choisi d'investir de
gros efforts militaires, diplomatiques et financiers
dans cette mission hautement morale. Elle est
parvenue aux objectifs qu'elle s'était fixée :
obliger le président de la fédération yougoslave
Milosevic à revoir sa politique au Kosovo. La
répression sanglante des milices indonésiennes au
Timor-Oriental (1) contre la population civile devrait
elle aussi être stoppée grâce à la mobilisation
de cette même communauté internationale. Après
quelques tergiversations, l'ONU et les états
occidentaux se sont décidés à faire pression sur
le gouvernement indonésien pour le plier à accepter
la venue d'une force d'interposition au
Timor-Oriental. Ici encore l'intervention est
officiellement motivée par le respect des droit de
l'homme et le principe du droit des peuples à
disposer d'eux-mêmes.
un
principe universel valable pour une seule moitié
du globe
Comment se fait-il
alors que tant de pays africains en guerre depuis des
années, en butte à des difficultés politiques
décennales, ne parviennent à sensibiliser avec la
même efficacité cette même "communauté
internationale" ? Pourquoi l'idéal universel
des droits de l'homme que l'on proclame si fort
lorsque l'on s'en drape pour agir, ne s'applique-t-il
qu'à la moitié de l'humanité ?
On intervient ici et pas là. On condamne untel et
pas machin. On envoie des bombes meurtrières à
Belgrade et des médicaments salvateurs à Pristina.
On brandit d'un côté le droit d'ingérence et l'on
soulève de l'autre la non-implication dans les
affaires intérieures d'un état. On menace
l'Indonésie de sanctions économiques si elle
n'infléchit pas sa politique et on soutient d'autres
états despotiques ou sanguinaires qui n'en finissent
pas de faire subir à leurs populations
d'interminables guerres civiles. On hurle au manque
de liberté en Irak et l'on gourmande gentiment le
régime chinois, en signant des contrats avec lui. On
se gargarise de beaux discours humanitaires pour les
pauvres Kosovars en exil et l'on ignore l'extrême
misère de la population du sud-Soudan ou l'exode de
milliers d'Angolais. On bombarde Bagdad pendant que
l'on ferme les yeux sur les mouvements intégristes
afghans. On frise l'apoplexie en imaginant, qu'à
1000 kilomètres de nos chères portes européennes,
en des zones économiquement et politiquement si
stratégiques, la guerre entre le gouvernement serbe
et les autonomistes du Kosovo puisse s'éterniser et
l'on se fiche éperdument de la guerre fratricide que
se livrent sur le dos des Angolais un même
gouvernement et une même opposition depuis 1978. Sur
place pourtant, les morts, les mutilés et le nombre
des personnes déplacées se chiffrent en centaines
de milliers
Quant au
développement d'une justice planétaire, si les
progrès sont notables et la constitution d'une Cour
internationale désormais moins hypothétique,
l'ensemble laisse perplexe. Les tribunaux pénaux
internationaux pour la Yougoslavie et pour le Rwanda
tentent certes de mettre à jour et de poursuivre les
vrais responsables des crimes de guerre et des
génocides perpétrés dans ces deux pays. Mais
l'impunité parfois totale dont bénéficient
d'autres orchestrateurs de massacres à grande
échelle donnent à ces premières tentatives la
désagréable impression d'être certes exemplaires
mais bien solitaires.
lutter
contre l'actualité ?
Quand seront jugés
avec la même rigueur que le sont les chefs
militaires serbes responsables des exactions en
Bosnie, ceux chefs de la rébellion en Sierra Leone,
coupables d'avoir découpé leur compatriotes en
petits morceaux à grands coups de machettes ?
Que faut-il faire ? Chez qui faut-il
frapper ? Doit-on manifester devant le siège de
l'ONU, écrire au président Clinton, faire pression
sur le parlement européen ? Les journalistes ne
devraient-ils davantage parler que de ce qu'on ignore
d'habitude ? Ne devraient-ils pas évoquer les
conflits en proportion à l'oubli dont ils sont
victimes ? Et même si l'Otan est en train de
bombarder Belgrade, ne serait-il pas possible
d'évoquer avec la même force et la même débauche
de moyens techniques la situation en République
démocratique du Congo ou les combats entre
l'Erythrée et l'Ethiopie ?
Si l'on prenait comme
critère de la valeur humaine les interventions
militaires et diplomatiques de la
" communauté internationale " et
les investissements médiatiques de la presse
occidentale, on verrait que dix Angolais ne valent
pas un Timorais-Oriental et encore moins un Kosovar.
Les Angolais s'en moquent peut-être : aux
dernières nouvelles, un entrefilet du Monde
indiquait récemment que beaucoup avaient été
contraints de déterrer leurs semences agricoles pour
se nourrir