dernière mise à jour : le 29 novembre 1996.

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CHYPRE


Habitants : 710 000 habitants (en 1995)

80% de chypriotes grecs et 20% de chypriotes turcs

Surface : 9 251 km2

Capitale : Nicosie


 

Deux aspects essentiels expliquent aujourd'hui l'histoire de cette île méditerranéenne, objet de 1000 convoitises et conflits locaux. La composition de sa population tout d'abord en constitue le premier point : sur les 710 000 habitants de l'île, 80% sont grecs et 20% sont turcs. Son emplacement stratégique ensuite fait d'elle un enjeu géopolitique d'importance pour la Grèce comme pour la Turquie.




  • Géographie

    Au Nord : la Turquie. Puis vers le sud : la Syrie, le Liban, Israël, l'Egypte.
    Au Nord-Ouest : la Grèce.



  • Mouvements et personnalité

    L'ENOSIS : (du grec "union") mouvement des grecs chypriotes, qui espéraient le rattachement de l'île à la Grèce. Présent dès avant la première guerre mondiale, il se manifesta aussi après la seconde, avançant les mêmes arguments et la même volonté de rejoindre la "mère patrie". Le mouvement clandestin EOKA (Organisation nationale des combattants chypriotes), partisan de l'Enosis, organisa de nombreux attentats contre l'autorité britannique dans les années 50.

    MAKARIOS : Né en 1913, Makarios, archevêque, gouverna Chypre de l'indépendance en 60 jusqu'au coup d'Etat de juillet 74. Il reviendra à la présidence en décembre de la même anné. Il mourra en 1977. Une petite biographie est disponible sur le net.




    Il existe de nombreux sites sur l'île de Chypre. Certains sont relatifs à l'île dans son intégralité, d'autres représentent l'une ou l'autre des communautés. Pour la partie Nord, on peut visiter le site de la République de Chypre du Nord. Pour le Sud, les liens sont plus nombreux. Certains sont réservés strictement à la partie grecque. Le site de Chypre le revendique clairement, prévenant tout de suite les internautes qu'ils ne trouveront aucune informations sur le nord de l'île. Il existe également un web très complet sur cette île méditerranéene, comprenant plus de 100 liens, dont un avec de très belles photos. Pour en savoir plus sur la période antérieure à la seconde guerre mondiale, on peut consulter un serveur intéressant, qui reprend les grands axes de la politique britannique sur l'île. Le site du Monde Diplomatique fourmille d'excellents articles sur le sujet.


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    D'abord placée sous domination ottomane, l'île de Chypre passa sous contrôle britannique en 1878. Jusqu'en 1959, date de son indépendance, Chypre va servir de pont avancé à la Grande Bretagne, lui offrant par sa position stratégique, un tremplin vers le Moyen-Orient. Mais cette situation exceptionelle fait d'elle un lieu de convoitise pour certains de ses voisins... La Grèce et la Turquie voyaient elles aussi mille raisons de se l'approprier et de la conquérir. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, une partie de la population grecque de l'île, commence à revendiquer sa volonté de se rattacher à la Grèce, la mère-patrie (mouvement de l'Enosis). En face, la Turquie, bien décidée de son côté à ne pas perdre son influence sur cette île méditerrannéenne, à l'emplacement si stratégique (d'autant que l'ensemble des autres îles égéennes appartenaient déjà à sa rivale grecque). Lorsqu'en 1959, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis suggèrent de donner à l'île une indépendance "bicommunautaire", Chypre cristallisait biens des envies et des espoirs. Un contingent de forces armées provenant de l'un et l'autre pays fut envoyé sur place et reçu pour mission d'assurer la sécurité de chacune des deux communautés. Le 16 août 1960, l'indépendance, entérinée par les accords de Zurich, donne le feu vert à l'instauration d'une nouvelle République. A sa tête, un président grec, Monseigneur Makarios, secondé dans sa tache, par un vice-président turc, Fazil Kücük. La cohabitation autonome pouvait commencer. Mais, du point de vue des grecs comme de celui des turcs, le prix de cette indépendance semblait un peu coûteux. Les premiers jugeaient amèrement la proportion à laquelle avaient droit des turcs, pourtant minoritaires, dans certaines branches de la vie chypriote (40% dans l'armée et 30% dans les administrations). Les seconds, quant à eux, regardaient avec inquétude la puissance économique de l'autre communauté, craignant de se voir considérés comme une quantité négligeable, bientôt absorbée par ses prospères voisins. Craintes et crispations se traduisirent rapidement par l'émergence d'une multitudes d'affrontements inter-communautaires, dans un climat assombri par le spectre d'une intervention turque sur le territoire chypriote. Première conséquence de cette pression montante : le regroupement progressif des turcs au nord de l'île, et des grecs au sud. En 74 , l'histoire chypriote s'accéléra. Un coup d'Etat de la garde nationale, soutenu par le "régime des colonels" au pouvoir en Grèce depuis 1967, renversa le gouvernement de Mgr Makarios, pour tenter un rattachement à la Grèce. La riposte turque fut immédiate : Ankara lança une offensive militaire, occupant du même coup une partie non négligeable du territoire (37%). Et si le régime de Mgr Makarios fut rétabli, Chypre se retrouvait de fait divisée en deux entités distinctes... Un an plus tard, la partie nord de l'île institutionalisa la situation et prit le nom d'Etat fédéré chypriote-turc , pour devenir en 1983, la République turque de Chypre du Nord. Mais cette nouvelle République ne sera reconnue que par la seule Turquie...

     



    Aussi, lorsqu'en 1990, le gouvernement chypriote demande l'adhésion de l'île à la communauté européenne, la situation entre chypriotes grecs et chypriotes turcs n'est aucunement réglée. Pour les turcs, il n'est pas question de reconnaître le principe de "citoyenneté unique" des habitants de l'île, "dans le cadre d'une fédération bicommunautaire et bizonale", réaffirmé par le gouvernement chypriote et le conseil de sécurité de l'ONU. C'est donc la partie turque qui va être directement désignée par l'ONU (en novembre 1992) comme la responsable du maintien de la partition de Chypre et du blocage des multiples négociations, destinées à trouver une solution au problème. Nicosie, la capitale, est la dernière ville à détenir le triste privilège d'être divisée, partagée en son milieu par une ligne de barbelés. Les soldats répartis de part et d'autre de ce cordon séparateur se toisent avec méfiance, tandis que des forces militaires onusiennes, dont le mandat a été prorogé en 94, surveillent les accès de fièvre des deux communautés. A cela s'ajoute l'inégalité économique du nord et du sud de l'île : une situation florissante dans sa région grecque (forte croissance, déficit budgétaire relatif et maîtrisé, endettement et inflation faibles) et une communauté turque qui subit les revers de son isolement. Le blocage des négociations et l'hypothèse très improbable d'un ralliement turc à l'idée de la réunification pourissent le climat chypriote.

    Le mois d'août dernier a vu croître une nouvelle flambée de violence entre les deux communautés. Un chypriote grec et un chypriote turc ont été tués, lors de manifestations sur l'avenir de l'île. Opérations de vengeance, coups de matraques et balles perdues, l'atmosphère chypriote reste brûlante aujourd'hui. L'espoir d'une réunification semble bien incertain.


    Marion Deye