Marion Deye - Université de Paris IV-Sorbonne - 1994-1995.

Directeur de mémoire : Monsieur Jean-Louis Van Regemorter


Maîtrise d'Histoire contemporaine

Introduction et plan

(pour en savoir plus, contactez-moi)

- Obtenue avec Mention Très Bien -


"L'image de l'URSS dans les milieux intellectuels communistes français de la Stagnation à la Perestroïka"

 

Entre 1965 et 1985, le système communiste international s'est modifié. Les différents partis communistes ont préféré développer pendant cette période l'aspect national de leur perpectives politiques plutôt que la solidarité communiste internationale. Le PCF a oscillé pendant ces 20 années entre ces deux attitudes, privilégiant néanmoins un lien fort avec l'Union Soviétique. Dans ce contexte, qu'ils fussent pour ou contre cette tendance, les intellectuels communistes français ont joué un rôle décisif.

Aussi c'est à travers ce contexte, que nous allons étudier l'image de l'URSS dans les milieux intellectuels communistes français de la Stagnation à la Perestroïka (de Brejnev à Gorbatchev).

L'URSS, en tant que symbole du socialisme et tentative d'édification du socialisme sur la terre, est un objet de réflexion très particulier pour tous les communistes de l'époque et plus encore pour les intellectuels de ce parti. Nous allons donc définir les termes du sujet afin de circonscrire le champ de l'étude.

L'image de l'URSS, tout d'abord, chez les intellectuels communistes français comporte une double signification, issue du terme même d'"image". La première est donnée par le sens premier du mot : l'image en tant que représentation mentale d'un objet. L'image de l'URSS signifie donc l'idée que se font de l'URSS les intellectuels : son fonctionnement, sa nature, son contenu concret. Cette image là sera propre à chaque intellectuel, selon qu'il l'analysera sous tel ou tel angle à l'aune de ses compétences personnelles. L'autre signification provient du second sens de ce mot : l'image prise cette fois comme un reflet, comme une métaphore. Il ne s'agit plus ici de sa représentation concrète, mais du symbole que l'URSS représente, en tant que premier pays "socialiste" du monde. Cette image là évoluera selon les époques étudiées dans notre période et sera l'objet d'une conception globale de l'ensemble des intellectuels.

Ces deux perceptions d'" image de l'URSS " recouvrent donc deux idées différentes de l'URSS dans le milieu intellectuel communiste français. Nous étudierons l'une et l'autre.

Précisons maintenant la nature du "milieu intellectuel communiste français". Cet ensemble, vaste et vague, peut être déjà limité par le terme de "communiste". On ne s'attachera, ici, qu'aux membres du PCF, disposant en tant qu'adhérents de la carte du Parti. Le terme d'intellectuel est plus difficile à définir. Mon premier critère d'analyse sera leur "production" : ceux qui ont écrit sur l'URSS, ceux qui en sont les spécialistes et ceux qui sont le plus motivés par le sujet constitueront donc la base des intellectuels étudiés. Le second critère reprendra la définition extensible de l'intellectuel : une personne "dont la profession comporte essentiellement une activité de l'esprit" ( in Larousse encyclopédique). Leurs professions iront donc de l'écrivain à l'universitaire, en passant par le journaliste ou l'autodidacte spécialiste de l'URSS. La juxtaposition du premier critère sur le second offre une palette relativement réduite d'intellectuels, mais son principal intérêt est qu'elle permet de dégager un certain nombre d'opinions exploitables.

La troisième partie de l'intitulé du sujet concerne ses limites dans le temps. En effet, ces vingt années, de 1965 à 1985, peuvent être considérées comme une période " finie ", limitée, encadrant un moment décisif de "l'image de l'URSS dans le milieu intellectuel communiste français", qui va dans cet intervalle passer d'un état à un autre. Ce virage peut lui même être divisé en trois phases distinctes, lors desquels "l'image de l'URSS" a revêtu trois sens différents : une période culminante et intense de remise en question de cette image de 1975 à 1978 autour de laquelle s'articulent deux phases d'analyses, une première lente et préparatoire (1965-1975) et une seconde distante et relâchée (1978-1985).

Quelles vont être les interactions entre ces différents paramètres ?

Les intellectuels communistes ont en effet, de par leur rôle d'analystes, fait évoluer l'image de l'URSS. Situés entre de multiples pôles d'intérêts, pris entre leurs aspirations personnelles, les nécessités du moment, la situation nationale et internationale et la volonté plus ou moins affirmée du PCF de changer, les intellectuels communistes vont durant ces vingt années considérer et faire évoluer l'image de l'URSS de façon très différente selon les époques. C'est entre 1975 et 1978 que se situera le moment "clé" de cette évolution de l'URSS. C'est donc cet intervalle qui marquera le point central de l'analyse.

  • Dans une première partie, assez brève, il sera question des relations entre le PCF et les intellectuels. Cette partie est indispensable pour comprendre la forme que prendra le travail des intellectuels sur l'URSS. Seront-ils libres d'exercer leur activité intellectuelle ? Voudront-ils le faire ? Seront-ils dépendants de leur engagement communiste ? Quelle sera la nature de leur apport ?
  • Dans la deuxième partie, nous verrons quelle va être l'évolution de l'image de l'URSS, en tant que symbole du socialisme dans le milieu intellectuel communiste français entre 1965 et 1985. Cette modification n'est pas le fruit du hasard, mais le résultat de plusieurs facteurs qu'il faudra examiner, afin de dégager l'influence de la réflexion des intellectuels dans cette modification. Cette partie permettra de montrer que cette évolution de l'image de l'URSS en tant que symbole du socialisme, s'est déroulée de façon inégale, culminant lors de la période de transformation rapide et intense des années 75-78.
  • Enfin dans la troisième partie, pour comprendre l' évolution, la richesse et la diversité de l'image qu'ont de l'URSS les intellectuels, le contenu de leur critique sera analysé à travers le moment le plus fort de leur analyse (75-78) . Cet angle permettra de constater que toute critique de l'URSS est indéfectiblement liée aux convictions profondes de l'intellectuel qui s'en charge.

PLAN

I- Les relations entre le PCF et les intellectuels déterminent l'image de l'URSS

A - Les intellectuels et le parti communiste

1°) Caractéristiques de l'intellectuel communiste

2°) Le paradoxe de l'intellectuel communiste et ses manifestations

B - Le PCF laisse-t-il les intellectuels avoir une vision libre de l'URSS

1°) Le PCF se modifie sous l'impulsion des intellectuels

2°) Les intellectuels guidés par le PCF

3°) Ces deux analyses ne sont pas contradictoires

 

II - L'image de l'URSS dans le milieu intellectuel communiste français a évolué

A - Les premières critiques

1°) Importance du contexte nationale et international

2°) L'apparition des premiers courants critiques

3°) Un bilan qui reste "grandiose"

B - L'inéluctable approfondissement de la réalité soviétique

1°) Un nouveau contexte, de nouvelles exigences...

2°) ... pour un nouveau bilan

3°) De l'étude de l'URSS naît un nouveau socialisme

C - L'URSS et les intellectuels : la rupture

1°) Un déclencheur : l'attitude du PCF

2°) L'attitude soviétique achève la rupture

3°) L'URSS réduite au rang de témoignage

III - Analyse de la critique des intellectuels sur l'URSS

A - Quelles critiques pour quels intellectuels

1°) Pierre Daix

2°) Les auteurs de "l'URSS et nous"

3°) Jean Ellenstein

4°) Nina et Jean Kéhayan

B - Le cadre de la critique

1°) L'URSS et les intellectuels : un lien fort

2°) La forme de la critique

3°) Le lieu de la critique

 

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